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2020 et moi

À la mi-mars, le confinement m’est tombé dessus par surprise, comme tout le monde, et j’ai constaté que finalement, une pandémie, c’est pas si l’fun que ça. Chez moi, ça ressemblait à de longues journées à tourner en rond, déprimée, et à procrastiner sur mes travaux universitaires en découvrant les édifiantes téléréalités Netflix.

  • Laure P.

    Laure P.

  • 5 novembre 2020
  • 3 min
2020 et moi

J’ai accueilli 2020 dans le Vieux-Port de Montréal, réchauffée par l’heureuse foule qui m’entourait au spectacle de Bleu Jeans Bleu ainsi que par la Boréale que j’avais bue en quantité (ce qui veut dire deux bouteilles, je suis de petit gabarit).

Ça fait longtemps, hein ? 2020, quelle aventure ! Quelle non-aventure ! C’est gros et petit à la fois, c’est de l’inédit, des surprises et de l’extrême, mais c’est aussi beaucoup d’ennui, de solitude et de monotonie.

Pandémie et désœuvrement 

J’ai jamais vraiment compris pourquoi, mais je suis très fan du film Contagion (tu sais le film sur une pandémie, ben oui). Vers janvier-février, alors que le murmure d’une épidémie grandissait, il m’arrivait d’écouter la trame sonore dans mes déplacements pour me donner une impression de danger. Dans le métro, mon regard passait des usagers blasés aux nouvelles petites affiches « Attention, lavez-vous les mains », et mon esprit mêlait à cela l’atmosphère inquiétante des premières minutes du film. Comme c’était excitant ! J’avais l’impression de vivre quelque chose, moi qui ai si souvent eu l’impression d’avoir une vie fade et terne.

À la mi-mars, le confinement m’est tombé dessus par surprise, comme tout le monde, et j’ai constaté que finalement, une pandémie, c’est pas si l’fun que ça. Chez moi, ça ressemblait à de longues journées à tourner en rond, déprimée, et à procrastiner sur mes travaux universitaires en découvrant les édifiantes téléréalités Netflix. Pendant mes marches de santé quasi-quotidiennes, à moins d’un kilomètre de rayon du domicile tel que permis par Macron (c’est que j’étudiais alors en France), j’errais telle un Troy Bolton torturé, seule, à me répéter avec mélancolie que ma vie n’avait jamais été aussi insipide ni aussi absurde. J’avais l’impression qu’on était en train de me voler mon temps et ma jeunesse, qu’on me privait de tout ce qui m’était essentiel ; ma motivation à étudier s’est mise à chuter comme elle l’a rarement fait. Je me sentais victime d’une terrible injustice, mais en même temps je ne trouvais pas légitime de me plaindre alors que j’avais tout ce qu’il fallait : un toit, la santé, la sécurité… J’étais complètement désorientée.

Pour lutter contre la stagnation, mes colocs et moi, on organisait des « événements » : un festibière pour lequel nous avons dévalisé le rayon micro de l’épicerie du coin (notre foie n’a pas apprécié), un beach party avec des guirlandes et la pire playlist pop d’été, un dîner de Pâques avec de piteux macarons faits maison. C’était cool, mais ça ne remplissait pas le vide intérieur ni les questions existentielles qui naissent avec l’ennui.

L’été m’a changé les idées et je suis passée à autre chose. 

Ça va b… encore durer un moment

Mais ! Maintenant, de retour au Québec et en pleine deuxième vague covidienne, ça a un peu recommencé. Je me rends compte que cette crise qu’on traverse a tout amplifié chez moi : mon manque d’organisation crasse, mes impressions de solitude et de vacuité, ma procrastination, mes envies de donner un sens à ma vie sans savoir par où commencer… Ces tracas, ma vie « normale » arrivait à me les faire oublier à coups de sorties entre amis, de voyages de fin de semaine, de ces petits événements divers et variés qui occupent l’esprit ; l’impression de fadeur ne me sautait dessus qu’une fois de temps en temps. Je creuse, et je me rends compte que ce que 2020 m’a fait, c’est surtout ça : m’enlever mes distractions les plus efficaces (bon il reste OD, ha). Je me retrouve donc seule face à moi-même, avec cette écrasante question que j’arrivais plus ou moins à éviter depuis toujours : que dois-je faire pour être satisfaite de ce que je suis ?

Ben oui, le confinement et tous ces mouvements sociaux qui prennent de plus en plus d’ampleur m’ont tellement bousculée que j’en suis à me poser ces questions-là. Pourquoi est-ce que j’existe ? Qui suis-je ? Le premier confinement me disait : « sans ta vie sociale d’étudiante et tes sorties, tu n’existes pas, et même avec, tu n’es pas grand-chose », ce qui est lamentable et faux, et j’ai décidé qu’il en serait autrement du deuxième. Comme le dit la phrase la plus kitsch du monde (ex-aequo avec carpe diem), aujourd’hui est le premier jour du reste de ta vie. Et donc, 2020, c’est la première année du reste de ma vie et c’est peut-être le temps de commencer à déconstruire mes mauvaises idées, et de chercher ce qui importe vraiment. J’ai le temps, d’abord.

Pour continuer dans le cliché, vu que je me suis déjà enfoncée dedans jusqu’aux genoux, je vais conclure en te donnant la réponse que j’ai trouvée à ma question : pour être satisfaite de ce que je suis, il faut que je profite du présent, et du temps que j’ai avec les gens que j’aime, à distance ou à la maison. Il faut que je connecte avec eux. C’est tellement simple, tellement connu, que j’ai presque honte d’avoir juste ça à dire.

Mais pourtant, on a tendance à l’oublier, alors que c’est ce qui marche le mieux, non ? Et si tu as d’autres solutions en plus, je suis preneuse. 

- Laure

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